L'Histoire d'Hermos et Tahaa
Je rentre dans Pyr pour la première fois. Pyr m’avait été décrite maintes fois pourtant.
Comment, dire?
Pyr n'est pas gigantesque, ou... Non, étonnante, impressionnante. Mon esprit s'en
flamme de visions, je saisis immédiatement en découvrant notre capitale cette exaltation
dans les récits du passé que nous écoutions les soirs de veillées autour du feu entre
réfugiés. Je revois et comprends ces descriptions enivrantes sur la démesure et les fastes
de l’Empire fyros. Et... Je n'ai sous les yeux, l' oeuvre que de seulement trois générations
de fyros.
Intrigué, je m’approche d'un panneau d'affichage sur
lequel se trouve un message signé Dexton Empereur.
Ce que je viens de lire me laisse perplexe. J’ignorais l'existence de ces reliques et je
m’inquiète que des objets maléfiques puissent justifier que l'on brave un interdit de Jena.
Comment a t-il été possible de passer un alliance avec des créatures qui semblent si peu
parler notre langue...
Des discutions d' homins que je peux écouter discrètement sur la place du marché ne
m'aident pas d'avantage à dissiper ma confusion. Je découvre que certains fyros ne se
contentent pas de suivre les directives de l’empereur. Ce qu'ils témoignent vis à vis de
ces kamis est bien plus qu'un simple comportement coopératif. Je décèle une réelle
ferveur religieuse. J'entends de curieuses paroles: des fyros n’auraient pas été
ressuscités et auraient disparu en raison du peu de foi qu'ils auraient manifesté. Dans la
foule, quelques pas, j’aperçois une homine que je reconnais. Nous nous sommes
rencontrés sur l’île des réfugiés.
Je lui avais offert une... Non, mon armure. Le vert de celle que je lui avait fabriquée avait
été qualifiée de, hmm: "beurk". Tahaa, oui je me le rappelle précisément tout à coup.
Elle se nomme Tahaa. En la détaillant, je me dis que la coquette fyros doit être bien
désappointée. Ses vêtements ternes et dépareillés jurent à côté de ceux portés par les
marchands. Ce contraste me pousse à regarder de plus près les articles proposés à la
vente. Ce que je vois tempère l’enthousiasme ressenti jusqu'à présent. La production de
nos artisans est d’assez médiocre qualité, le choix est assez restreint. Les prix me
paraissent élevés également. Un gilet lourd me coûterait un demi mektoub de bât.
Impossible de m’acheter une armure complète aux vues des tarifs pratiqués. Je relève la
tête avec l'intention de demander à Tahaa ce qu'elle en pense. La Fyros a disparu.
La Maison de Tahaa
Je me suis désormais adapté au tumulte de notre capitale et je commence à connaître
certains des secrets enfouis sous le manteau de notre désert... Oui, en ces temps
difficiles je n'est pas pris la meilleure voie ni la lus rapide pour de venir un grand guerrier
fyros. Je suis devenu foreur. Du moins, je me consacre d'avantage à l'extraction qu'au
dépeçage des bêtes. Je ne chasse plus que pour rendreservice aux autorités fyros; je
prends des commandes pour aider notre peuple et nos nouveaux alliés kamis.
La récolte me permet de gagner correctement ma vie, de garder quelques matières
premières afin de me confectionner des habits. Bientôt, je pourrai m’acheter un
appartement. A défaut d'être d'une grande utilité pour l’Empire, je m’évertue à ne pas
constituer un fardeau.
Ce soir, en vendant ma récolte à l'étable sud de Pyr, j'ai revu Tahaa. Je lui ai à nouveau
proposé de lui offrir une armure de ma confection; en précisant bien que le coloris était
bleu. Alors que nous parlions de tout et de rien, je lui ai demandé pourquoi elle n'avait
pas souhaité rejoindre une tribu fyros. Elle m'a répondu gaiement, qu'elle avait
eu plusieurs propositions, puis embarrassée et hésitante, qu'elle avait un peu peur...
Sans savoir exactement de quoi; de ne pas être à la hauteur, de ne pas trouver la famille
qui lui convient, d'être déçue...
Après avoir quitté tahha je suis parti m’asseoir autour d'un feu en compagnie de fyros.
J'ai longuement repensé à la conversation que j’avais eu avec Tahaa. A cette question
que je lui avais posée sur le ton de l’évidence. Je n'avais aucun des charmes de la belle
fyros, on ne m’avait fait aucune proposition jusqu'à présent. Cette réflexion me fit sourire.
Combien étions nous dans Pyr et ses alentours à errer sans toit ni attaches?
Tahaa et moi parcourons de plus en plus souvent le désert ensemble.
Aujourd'hui, je lui ai acheté un mektoub de bât. Aux vues de la gêne qu'elle a manifestée,
je comprends qu'il ne me sera plus possible de l'aider de la sorte, que sa fierté de fyros
ne lui permettra pas d'accepter les dappers nécessaires àl'acquisition d'un appartement.
De retour à Pyr, j' ai discuté avec un gardien d' immeuble. Une maison pouvant accueillir
plusieurs hôtes ne coûte pas moins de 10 millions de dappers et son acquisition requiert
au préalable un enregistrement auprès du clerc de guilde du palais. Le prix est excessif,
je n’affectionne pas particulièrement les démarches administratives mais j'y ai pensé
toute la journée. La maison de Tahaa sera celle de tous les réfugiés à la recherche d'un
toit et d'un feu auprès duquel dormir.
La journée a été longue. Bien qu'il ne fasse pas froid, Tahaa s'est enroulée dans l’épaisse
couverture au coin du feu. Une seconde plutôt elle riait, ses yeux pétillaient, puis alors
qu'elle semblait vouloir me dire quelque chose... elle s'est endormie. Bien, elle me
racontera la suite demain, si elle se souvient.
Je descends doucement l’escalier en regardant autour de moi. Je ne peux voir au fond
de mes yeux. Toutefois je suis certain que la lueur qui y danse est plus intense que les
flammes de la porte de Cerakos.
Il ne manque plus qu'une histoire à la maison de Tahaa !!
Joies, cris, fureurs, amitiés...
Les Silences du Désert
Tahaa est partie en voyage. Je pose massue et gants de magie dans le coffre comme à
chaque fois lorsqu' elle s’éloigne. Je prends ma pioche et je cours en direction notre
désert, loin, le plus loin possible de Pyr et de ses rues où raisonnent le pas cadencé des
militaires de l' Empire, les cris des marchands, le brouhaha de la foule.
Penché au dessus de la source qui vient de jaillir je repense au dernier voyage que Tahaa
et moi avons fait en pays matis, sur les terres de l’ennemi de toujours. Notre guide était
matis, notre arrivée dansla capitale des homins à la peau laiteuse s'est déroulée dans la
plus parfaite indifférence. Pas une insulte, pas un regard désobligeant. Je me concentre
un instant, vérifie au son sourd de la percussion de ma pioche sur le sol que le rythme
est correct. Ce peut-t'il que la catastrophe kitin ait marqué les esprits à ce point?
Tahaa parfois, dit le sourire aux lèvres, que les homins sauront tirer les conséquences de
leurs erreurs passées.
La source que j’exploite dégage soudainement des émanations nocives. Je me recule,
m’assoie et me re concentre. Forer demande beaucoup de concentration. Un moment
d’égarement se voit vite sanctionné.
Où en étais-je?
Ah oui, la mentalité de l'Homin. Non, bien sur que non, celle-ci n'a pas pu se modifier.
Aucune souffrance assez grande ne pourra de manière profonde et durable changer ce
qu'elle est. Il y aura la guerre. Il en a toujours été ainsi. Lorsque les peuples auront
repris force et vigueur la soif de pouvoir renaîtra.
La nuit et la fraîcheur recouvrent progressivement le désert. Ma pioche est usée. Elle va
bientôt se briser. Je décide d’arrêter. Je monte la pente de la dune, et m’installe au
sommet. Je reste alerte. Les morsures des prédateurs ne sont pas mortelles tant que
dure notre alliance avec les kamis, cependant la douleur qu'elles infligent apprennent à
courir plus vite que le mektoub ou incite à tout faire pour les éviter. Au loin, j'entends de
rares grognements de varinx, des déplacements de kitins.
Oui, tant que cette alliance dure, il ne peut rien nous arriver. Le seul danger qui pèse sur
nous est celui de la Karavan. Que leurs forces anéantissent les kamis et la civilisation
fyros ne sera plus qu'une page du passé de l' Histoire Homine.
"Que les silences du désert t’aident à mieux écouter
les paroles qui te troublent.
Que tes troubles ne laissent pas de place au silence,
ne créent pas de maux que tes mots ne puissent panser."
La phrase familière si souvent entendue me revient à l'esprit.
Demain j’irai parcourir, les rues de Pyr.
J’offrirai l’hospitalité à tout fyros qui semblera en avoir besoin.
Demain notre histoire commence Tahaa !!